Effet Mars et heures de naissance
1- INTRODUCTION
Les travaux de Michel Gauquelin, étalés sur plus de 30 années, constituent sans conteste la tentative la plus sérieuse et la plus complète destinée à prouver l'existence d'une relation entre les astres et les humains. Plus précisément, rappelons qu'il s'agit de la mise en évidence, statistiquement, du fait que les personnes les plus célèbres dans certaines professions ont tendance à naître de préférence à certaines heures de la journée, lorsque certaines planètes se situent à leur lever ou à leur culmination. Ces relations sont différenciées, et l'une des principales a trait aux sportifs et à la planète Mars.
Bien que d'autres relations planète / profession se soient révélées, c'est l' "Effet Mars" sur les sportifs qui a retenu toute l'attention et qui seul a donné lieu à des critiques et des contre-expériences. Après de nombreuses tentatives finalement infructueuses de réfutation de la méthode et des calculs par différents détracteurs, le dernier rapport du CFEPP (Comité Français d'Etude des Phénomènes Paranormaux) conclut à un biais d'échantillonnage, à savoir que la sélection des sujets n'a pas été objective, mais effectuée en fonction de la connaissance des résultats.
Toutefois une telle conclusion, qui se veut définitive pour les auteurs du rapport, est loin de rallier tous les avis, et la controverse continue. J'ai réuni un grand nombre de documents relatifs à cette controverse, et j'ai à cette occasion constaté à quel point les débats étaient passionnés, rendant difficile une totale objectivité, et à quel point il fallait être prudent dans la prise en compte des données des uns et des autres et de leurs interprétations.
J'ai donc pensé que l'une des meilleures méthodes pour se faire une opinion à peu près définitive était de réaliser soi-même une expérience.
2- MON ETUDE
2.1- Présentation
Elle porte sur 1223 " martiens " (742 sportifs, 168 médecins,162 militaires et151 fondateurs d'entreprise). Il va de soi, afin d'éviter tout risque de biais d'échantillonnage semblable à celui reproché à Michel Gauquelin, que cette liste a été établie avant tous calculs.
Pour l'expérience menée par le CFEPP, le protocole prévoyait des sportifs nés avant 1950, ceci pour éliminer au maximum les cas d'accouchements provoqués, de plus en plus fréquents. Pour ma part, la liste a été établie sans conditions de dates de naissance mais, afin de respecter ce protocole et de comparer mes résultats à ceux du CFEPP, celles postérieures à 1950 ont été traitées à part
Les sujets sont français, à l'exception de 38 étrangers, et ont été choisis en fonction de leur grande notoriété. Cette notoriété, mon critère de sélection, a été jugée par moi-même, à l'intérieur de chaque catégorie professionnelle, en fonction de mes connaissances, en fonction des sources, en fonction du nombre de citations, en fonction des importances des biographies, etc.
2.2- La méthode
.Le mouvement journalier ayant été divisé en 12 secteurs égaux en moyenne de 2 heures, et numérotés de 1 à 12 dans le sens du déplacement en commençant par le lever, les secteurs clé, c'est-à-dire ceux devant présenter une présence de Mars plus forte pour l'échantillon de célébrités que pour les gens ordinaires, sont donc le 1, qui suit le lever et le 4, qui suit la culmination. La principale difficulté réside dans l'estimation des fréquences attendues pour l'ensemble de la population, qui ne sont évidemment pas toutes égales entre elles à 1 / 12 = 8,33%. Les répartitions des fréquences en fonction des 12 secteurs sont d'ailleurs très différentes selon les périodes d'années de naissance. Lors de ses premières recherches, Gauquelin a calculé effectivement ces répartitions d'un manière théorique. Depuis, l'ensemble des chercheurs a adopté la solution qui consiste à brasser aléatoirement un certain nombre de fois les heures de naissance de l'échantillon expérimental. Pour ma part, j'ai utilisé un programme de brassage aléatoire fourni avec le logiciel AstroPC Pro d'Aureas Informatique. J'ai été conforté dans ce choix en constatant une très forte similitude de résultats entre ma méthode et les calculs théoriques de Gauquelin, ce qui au passage valide les deux méthodes.
A l'occasion des tests statistiques, nous avons considéré comme non significatifs les résultats conduisant à une probabilité de hasard p > 0,05. Par ailleurs, lorsqu'il s'est agi de résultats particuliers choisis après coup au sein d'un ensemble, nous avons appliqué une correction des probabilités de hasard obtenues, fonction du nombre de résultats de l'ensemble.
2.3- Les résultats
2.3.1- Selon le protocole Gauquelin / CFEPP
Il s'agit ici de tester la fréquence de Mars pour la somme des secteurs (1 + 4) et pour les années de naissance antérieures à 1950.
-Echantillon : (101 + 80) / 978 = 181 / 978 = 18,51%
-Contrôle : (11705+10646)/128640 = 22351 /128640 = 17,37%
Test de Khi2 : p = 0,35 Non significatif
Comme pour l'étude du CFEPP, et selon le même protocole, le résultat de mon étude est favorable à l'Effet Mars, mais il n'est pas significatif.
2.3.2- Résultats étendus
J'ai ici considéré l'ensemble de mes données, en traitant séparément les secteurs 1 et 4, et en effectuant une partition en 4 classes des années de naissance.
Dans les tableaux qui suivent, K est le rapport (%Echantillon / %Contrôle), qui mesure la force de l'éventuel Effet Mars. La probabilité de hasard est corrigée pour tenir compte qu'il s'agit d'un cas particulier choisi après coup parmi 8 cas (2 secteurs x 4 tranches d'années).
- Secteur 1
| Années | Echantillon | Contrôle | K | p corrigée |
| <= 1910 | 47/381=12,34% | 3447/39200=8,79% | 1,4 | 0,12 |
| 1911 à 1925 | 27/252=10,71% | 2676/30240=8,85% | 1,21 | NS |
| 1926 à 1949 | 27/345=7,83% | 5582/59200=9,43% | 0,83 | x |
| >= 1950 | 16/245=6,53%> | 1216/15200=8,00% | 0,82 | x |
- Secteur 4
| Années | Echantillon | Contrôle | K | p corrigée |
| <= 1910 | 31/381=8,14% | 3251/39200=8,29% | 0,98 | x |
| 1911 à 1925 | 22/252=8,73% | 2448/30240=8,10% | 1,08 | 1 |
| 1926 à 1949 | 27/345=7,83% | 4947/59200=8,36% | 0,94 | x |
| >= 1950 | 16/245=6,53% | 1282/15200=8,43% | 0,77 | x |
On note facilement que le secteur 4 invalide totalement l'Effet Mars.
Par contre, le secteur 1 présente des résultats positifs pour les deux tranches des années <= 1925, soit, globalement :
- Echantillon : 74 / 633 = 11,69%
- Contrôle : 6123 / 69440 =8,52%
En tenant compte qu'il s'agit d'un résultat parmi 4 (2 secteurs x 2 classes d'années), nous obtenons p corrigée = 0,044.
2.4- Conclusion
A l'issue de mon étude sur 1223 " martiens ", nous pouvons dire :
L'Effet Mars n'est absolument pas confirmé pour le secteur de la culmination, le secteur 4, alors que pour le secteur 1, celui du lever, un résultat significatif apparaît pour les années de naissance les plus anciennes (<= 1925).
3- FUSION DE MON ETUDE AVEC CELLE DU CFEPP
Compte tenu des résultats précédents, il m'a paru intéressant de tenter de réunir les données de mon étude avec celles du CFEPP. Nous aurons ainsi un échantillon de taille plus importante, et de plus avec aucune suspicion de biais d'échantillonnage, puisque je suis sûr de ma liste et que l'on ne peut suspecter le CFEPP de favoriser l'Effet Mars.
3.1- L'étude du CFEPP
La fusion a été effectuée après avoir constaté statistiquement qu'elles présentaient des résultats suffisamment comparables. En particulier, et en ne considérant que le secteur 1 et les années <= 1925, nous obtenons pour le CFEPP : 53 / 469 = 11,30%, à rapprocher de 11,69% pour mon étude. La comparaison avec le groupe de contrôle conduit à p = 0,059.
3.2- Fusion
Mon étude porte sur 1223 individus, et celle du CFEPP sur 1066 sportifs français. Mais il y a un certain nombre de sujets communs, ce qui fait que le nouvel échantillon constitué par fusion comporte, après suppression des doublons, 1923 célébrités. J'ai utilisé deux méthodes d'analyse de cet échantillon (PP + CFEPP), uniquement dans le cas des années <= 1925 et pour le secteur 1.
3.2.1- 1ère méthode
Elle consiste tout simplement à traiter ce nouvel échantillon élargi de la même façon que celui de mon étude :
Echantillon : 105 / 909 = 11,55%
Contrôle : 6123 / 69440 =8,52%
La probabilité de hasard p = 0,0039. Le résultat, inférieur à 0,01 même après une légère correction, est largement significatif.
3.2.2- 2ème méthode
On peut traiter séparément les deux composantes de l'échantillon. Ces deux composantes étant totalement indépendantes, il est possible de calculer la probabilité composée relative à l'ensemble en multipliant les deux probabilités particulières.
La première composante est ma liste entière de 633 célébrités. La probabilité correspondante, corrigée, a déjà été calculée : p = 0,044.
La deuxième composante correspond à la liste des 276 sportifs restants, sélectionnés par le seul CFEPP, et pour laquelle nous trouvons :
- Echantillon : 31 / 276 = 11,23%
- Contrôle : 6123 / 69440 = 8,52%
Probabilité de hasard p = 0,158 (il n'y a pas de correction à faire)
D'où la probabilité pour l'ensemble : p = 0,044 x 0,158 = 0,007
3.3- Conclusion
Nous pouvons donc retenir cette probabilité de hasard p = 0,007, largement significative d'un Effet Mars en secteur1 (le lever) pour les années antérieures à 1925, ceci pour les 1923 célébrités issues de ma sélection et de celle du CFEPP. Cette liste étant garantie sans biais d'échantillonnage, le résultat ne peut être remis en question.
Mais pourquoi cet Effet Mars aurait-il disparu ? Un cycle planétaire me paraît difficile à envisager, car il faudrait qu'il s'étale sur au moins un siècle. Michel Gauquelin quant à lui avait déjà émis l'hypothèse selon laquelle l'Effet Mars ne pouvait apparaître que dans le cas de naissances naturelles. Ceci me paraît plausible, et l'augmentation des naissances provoquées pourrait alors tout à fait être l'explication. Afin d'étayer cette hypothèse, je me suis penché sur les heures de naissance
4- HEURES DE NAISSANCE
Laurent Toulemon, de l'INED (Institut National d'Etudes Démographique) l'exprime très clairement : " Le rythme quotidien des naissances résulte de la juxtaposition d'un rythme naturel et d'un rythme institutionnel, qui prend progressivement plus d'importance ".
4.1- Evolution des rythmes quotidiens des naissances
J'ai enregistré les heures de 42892 naissances, en très grande majorité françaises, à partir de plusieurs sources dont principalement les archives Gauquelin présentées sur le site du C.U.R.A (Centre Universitaire de Recherche en Astrologie). Les répartitions heure par heure ont été comparées selon cinq périodes : <=1910, 1911 à 1925, 1926 à 1949, 1950 à 1959, et >=1960. Les répartitions des trois premières périodes se sont révélées comme parfaitement semblables graphiquement, avec des corrélations de 0,81, 0,89 et 0,94.L'étude a donc été poursuivie en les groupant en une seule période <=1949.
Un test de Khi2 nous indique qu'il n'y a aucune possibilité de considérer ces trois répartitions comme semblables, avec p = 0,0000001 !!…
La figure 1 illustre parfaitement ces différences :
De documents et études INSERM, il ressort qu'il existe un rythme quotidien immuable des naissances naturelles, constaté depuis près de deux siècles. J'ai comparé ma courbe relative aux années <= 1949 à celle illustrant les résultats d'une étude INSERM de 1972 portant sur 4330 accouchements naturels parmi un ensemble de 11220 naissances. Le coefficient de corrélation est très fort, égal à 0,93. Une ressemblance frappante apparaît en effet avec la figure 2, avec toutefois une disparité plus forte entre accouchements du matin et de l'après-midi pour l'étude de 1972
Globalement notre courbe de naissances peut être considérée comme correspondant à des naissances naturelles, alors que ça n'est déjà plus le cas à partir de 1950.
4.2- Impact des accouchements provoqués
Il est bien connu qu'il existe une attirance particulière pour les heures entières (avec 0 minutes), lors des déclarations de naissance. On peut toutefois supposer que cette approximation est le fait des déclarations effectuées par les parents lors d'accouchements à domicile et non pas celui des hôpitaux ou cliniques. On devrait donc observer une diminution progressive de ce taux d'heures entières : confirmation nous en est donnée par la figure 3.
La diminution des naissances à domicile est synonyme de diminution des naissances naturelles, et l'on peut considérer le taux d'heures entières comme une bonne mesure de cette évolution. En se reportant à la figure 3, on peut donc considérer comme naturelles toutes les naissances jusque vers 1920, et noter une première incidence des naissances provoquées dès les années 1920 à 1925. Ce seuil correspond sensiblement à celui observé relativement à l'Effet Mars.
4.3- Effet Mars et naissances naturelles
Nous pouvons préciser ces évolutions parallèles de l'Effet Mars et des accouchements naturels :
4.3.1 Evolution de l'Effet Mars
Nous avons effectué les mêmes calculs que ceux déjà effectués pour notre seule étude (2.3.2- Résultats étendus), mais cette fois sur l'échantillon complet de la fusion de notre étude avec celle du CFEPP. K mesure la force de l'Effet Mars. Il s'agit toujours du secteur 1
| Années | Echantillon | Contrôle | K |
| ><= 1910 | 63/514=12,26% | 3447/39200=8,79% | 1,39 |
| 1911 à 1925 | 42/395=10,63% | 2676/30240=8,85% | 1,2 |
| 1926 à 1949 | 72/770=9,35% | 5582/59200=9,43% | 0,99 |
| >= 1950 | 16/244=6,56% | 1216/15200=8,00% | 0,82 |
4.3.2- Evolution des naissances naturelles
Cette évolution est mesurée par le taux d'heures entières, selon le tableau suivant : plus le taux est faible, moins les naissances naturelles sont nombreuses.
| Années | Heures entières | Total | % |
| <= 1910 | 3060 | 4324 | 70,80% |
| 1911 à 1925 | 3909 | 6140 | 63,70% |
| 1926 à 1949 | 2990 | 7009 | 42,70% |
| >= 1950 | 407 | 1658 | 24,50% |
De la comparaison des deux tableaux il ressort clairement une corrélation positive entre les deux évolutions, celle de la force de l'Effet Mars et celle des naissances naturelles. On peut penser qu'il s'agit d'une relation de cause à effet.
5- CONCLUSION
Les études et analyses statistiques que j'ai pu mener par ailleurs ont toutes abouti à une absence de preuves d'une validité quelconque de l'astrologie, que ce soit dans le domaine des prévisions ou de description de traits de caractère.
Par contre, il ressort de la présente étude qu'il n'est toujours pas possible d'enterrer définitivement l'Effet Mars, qui se manifeste d'une manière significative au travers du secteur1 et des années antérieures à 1925. De plus, sa disparition progressive peut très bien s'expliquer par l'augmentation des naissances provoquées. On ne peut certes en tirer aucune application pratique à l'usage des astrologues, mais, d'un point de vue purement scientifique, cela mérite réflexion et certainement d'autres recherches.
Pierre Perradin
Effet Mars et heures de naissance
Effet Mars et notoriété
Effet Mars: extension des recherches
Effet Mars: des zones d'ombre
Effet Mars: une nouvelle approche
Effet Mars: ma conclusion
