ASTROGUIDE

Livres d'astrologie

Lire et écrire l'avenir
L'astrologie dans la France du Grand siècle (1610-1715)
de Hervé Drévillon

Editions Champ Vallon, 1996, 286 p., 160 FF
ISBN 2-87673-236-X

 

Mon avis

En 1899, A. Bouché-Leclercq, membre de l’Institut, dans la préface de sa monumentale étude sur l’astrologie grecque disait: « On voudra bien ne pas prendre pour un paradoxe ma conclusion: à savoir, qu’on ne perd pas son temps en recherchant à quoi d’autres ont perdu le leur  ». Rares ont été les universitaires qui se sont penchés sur l’astrologie pour l’étudier au même titre qu’un autre sujet. Les historiens et les sociologues sont sans aucun doute ceux qui auront le plus souvent osé braver l’irrationnelle agressivité des membres de l’Union rationaliste envers l’astrologie. Hervé Drévillon, maître de conférences à l’Université de Paris I, dont les recherches portent sur l’histoire sociale des pratiques culturelles au XVIIe siècle, ajoute une nouvelle pierre à cet édifice en s’intéressant à l’astrologie aux temps de Louis XIII et de Louis XIV. Si des études historiques existent, elles ne passent que trop rapidement sur chaque époque. Ce livre détaille donc avec bonheur les pratiques culturelles d’un siècle.

Pour l’auteur, deux périodes semblent s’opposer: d’une part le siècle de la Renaissance, des Réformes et des troubles de religion, où triomphent l’astrologie et la peur, voire l’angoisse, exprimées (suscitées?) par les Prophéties de Nostradamus; d’autre part le siècle de la Raison, époque du doute libertin ou cartésien, que l’on n’imagine pas coexister avec la peur des comètes et des éclipses. C’est sur la place et le statut de l’astrologie à la charnière de ces deux siècles que s’interroge l’auteur.

Au Grand Siècle, les catégories du savoir n'étaient pas aussi nettement établies qu’elles le sont aujourd’hui. La distinction entre astronomie et astrologie n’était pas encore claire. Aux incertitudes des fondements de l’astrologie et aux excès de ses prédictions s’ajoutent de nouvelles interrogations dues aux découvertes de l’astronomie (l'héliocentrisme ne s'est pas encore affirmé dans cette première moitié du XVIIe siècle et il est rarement utilisé comme un argument contre l'astrologie). En pleine contre-réforme, l’Eglise condamne de plus en plus toute superstition et tout déterminisme. Pourtant, comme le souligne bien Hervé Drévillon, aucune condamnation, aucune remise en cause, aucune réfutation ne parvient à affecter le savoir-faire des astrologues. Le défi de l'expérience devrait mettre à mal l'astrologie, mais les vérifications des prédictions par l'histoire, qui servent d'expérience à défaut d'une procédure de repoduction d'un phénomène naturel en laboratoire, troublent les esprits.

C'est le caractère diabolique de l'astrologie qui est souvent attaqué. Paradoxalement, les progrès des éphémérides et la multiplication de traités théoriques lui accorderont une plus grande légitimité et lui permettront de s'écarter un peu plus de son voisinage avec l'occultisme.

Les phénomènes astraux continuent d’annoncer les maux futurs promis aux hommes. Les savants eux-mêmes ne parviennent pas à poser une frontière imperméable entre l’évaluation rationnelle des effets des astres et la croyance irrationnelle dans la solidarité unissant l’homme et le cosmos. L'influence supérieure des astres est une idée qui est même partagée par Descartes et par beaucoup d'autres autorités scientifiques. Si l’astrologie judiciaire (qui prédit le destin de chacun) est rejetée, l’astrologie naturelle (influence des astres sur les climats) semble parfaitement admise. Mais la limite entre les deux est floue. Les passages de comètes sont l’objet d’une prolifération de publications qui annoncent catastrophes et mort du roi. L’aspect politique de ces prévisions est à l’origine de plus d’un décret royal visant à interdire les almanachs.

Les ordonnances de 1560 et de 1579 et les dispositions prises contre l'astrologie font partie des règlements adoptés en matière de police religieuse, car les prédictions se font « contre l'exprès commandement de Dieu ». La déclaration de 1628 est plus exclusivement consacrée au problème de l'astrologie. Elle interdit « les prédictions concernant les Etats et personnes, les affaires publiques et particulières, soit en termes exprès ou couverts et généraux, n'y autre quelconque ». Ce n'est plus l'Eglise qui est chargée du contrôle préalable des écrits, mais la monarchie. Dès lors, l'Eglise ne pourra plus jouer un grand rôle dans la condamnation de l'astrologie. Cette déclaration de 1628 est avant tout dirigée contre les almanachs, ce qui aura pour conséquence de faire disparaître les prédictions politiques à partir de 1629 et jusqu'en 1643 (mort de Louis XIII). On peut dire qu'aucun astrologue n'aura été condamné à l'aide de cette déclaration pour sa pratique.

Quand l’astrologue est au service d’un Richelieu et de sa propagande, il ne craint rien. Campanella en est un parfait exemple. Les auteurs des mazarinades se serviront souvent de prédictions astrologiques pour justifier leurs revendications. Les almanachs-pronostics, victimes de leur succès, deviennent de plus en plus stéréotypés et erronés. Les imprimeurs se passent même des services des astrologues pour reproduire inlassablement le même discours. A côté de cette dégradation de la production astrologique une norme aristocratique cherche à s’imposer dans une astrologie érudite qui néglige tout spéculation politique. Ainsi, vers 1660, « deux astrologies se distinguent: l’une est populaire et schématique, l’autre est savante et aristocratique. A la fin du siècle, l’une aura disqualifié l’autre. »

Le lecteur sera sans aucun doute très intéressé par les pages sur cet « atrabilaire vindicatif » qui sut se faire des ennemis même parmi les astrologues, autrement dit Jean-Baptiste Morin de Villefranche. Si le parcours social de Morin avait pris un départ prometteux dans les années 1620 et 1630, protégé semble-t-il par Marie de Médicis et Bérulle, sa vie fut surtout l'histoire d'un échec. Il n'avait pas la tête politique, ne sut pas mettre son art au service de ceux qui le payaient et ne sut discerner les exigences du marché du livre (la fameuse Astrologia Gallica écrite en latin ne fut jamais publiée de son vivant).

Après la mort de Morin, plus aucun astrologue n'est pensionné par la monarchie. Louis XIV est le premier roi de France à ne pas y avoir recours. Parmi les membres de l'Académie Royale des Sciences, fondée par Colbert en 1666, il n'y en aura aucun (contrairement à la Royal Society qui leur est largement ouverte). Un édit de 1682 interdit les spéculations astrologiques sur l'analogie entre le roi et le soleil. Cet édit ne se préoccupe ni des horoscopes contraires au libre-arbitre des hommes, ni des prédictions politiques irrévérencieuses, mais révèle une nouvelle attitude de la monarchie à l'égard de l'astrologie: la propagande royale semble exclure l'existence même du discours astrologique.

 

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