Mon avis
La "production" annuelle comporte rarement des livres qui traitent d'un sujet nouveau ou d'une technique nouvelle en astrologie. L'ouvrage de Paul A. Bernard-Decroze s'y essaie quelque peu en récupérant, d'une certaine manière, les dessins planétaires de Marc Edmund Jones, mais en leur donnant une descendance presqu'aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel.
Non sans raison peut-être, l'auteur ne comprend pas pourquoi les dessins planétaires seraient limités à 7, tous très symétriques. Il voit en cela le cadre restrictif de la Gestalt. Sa démarche diffère par l'acceptation de nombreux autres dessins, appelés ici "blasons", dont le nombre atteint 44. Limite qui, en soi, n'est pas infranchissable.
Auteur fort modeste, Paul A. Bernard-Decroze pense que sa découverte date des origines même de l'astrologie. De tout temps, les astrologues auraient lu dans le ciel de tels blasons. Je ne pense pas que l'on puisse réellement "justifier" cette "invention" par une quelconque ancienneté ou tradition. La lecture de ces dessins ne peut se faire dans un ciel dont seule une moitié est visible. Et les cartes du ciel n'ont permis un tel repérage que depuis l'adoption récente du cercle zodiacal comme représentation du thème.
Examinons ces blasons qui ont pour noms fort imagés (cela va de soi): rosace, nimbe, dôme, soc, ombelle, éperon, étendard, lotus, sablier, ailes, cornue, livre ouvert, champignon, fanal, antennes, paon, buffle, hélix, tente, colombe, enseigne, barque, oie sauvage, croix de juillet, trèfle, palmes, oméga, i grec, trident, fortune nouée, libellule, coq, croix latine, trifolié, croix grecque, quatre fleuves, carré d'as, papillon, lys, épervier, derviche, croisée des chemins, pentacle, hexagramme. Leur appellation vient pour certains de leur seule force suggestive (avec beaucoup d'imagination), pour d'autres la lecture de ... taches d'encre fut nécessaire.
Le principe de ces blasons est fort simple: c'est en fait le système binaire vide/plein qui régit tout. Leur reconnaissance dans les thèmes passera donc par le repérage des vides et des pleins (une planète solitaire ou un astérium). Une annexe du livre permet de retrouver assez rapidement le blason du thème avec un peu de méthode, mais l'auteur a concocté un logiciel pour faire le travail. Ce logiciel sera sans doute disponible sous la forme d'une fonction ajoutée à un autre logiciel (on peut aussi se rendre sur le site http://www.univers-site.com pour obtenir plus d'infos à ce sujet).
L'auteur ne semble pas beaucoup s'intéresser à la signification de ces blasons. Le lecteur restera sur sa faim. Certes le livre ne veut pas se limiter à décrire les 44 blasons et à leur donner une signification toute faite mais le lecteur comprendra fort mal, comme moi, pourquoi tant d'insistance alors sur les blasons s'il s'agit ensuite de les démonter, de parler de planète vigie ou d'ombilic d'un astérium (centre de gravité d'un groupe de planètes), de reprendre les aspects, etc. bref de faire une analyse complète du thème point par point et de traduire le tout en hexagramme du Yi-King (aussi binaire que soit ce système).
Mais le travail de Paul A. Bernard-Decroze ne s'arrête pas là et se poursuit dans une étude sur l'utilité des blasons en astrologie mondiale en reprenant cycles et indices cycliques. La lecture qui est faite d'événements historiques me ferait plutôt rire:
A partir du 7 juillet [1914], un Sablier se dessine dans le ciel. La Lune se joint à Uranus et à Jupiter pour former l'astérium supérieur. Le Soleil entre en conjonction avec Neptune. Le symbole est clair: le temps s'écoule inexorablement. (p 200)
ou encore:
Du 15 au 17 juillet, la Lune se dirige vers l'astérium inférieur et c'est une Barque qui apparaît sur la toile de fond du zodiaque. Le 16 juillet, Raymond Poincaré, président de la République française, monte à bord du cuirassé France, accompagné du président du Conseil Viviani. (p 202)
De telles citations risquent de discréditer un travail pourtant approfondi. Après lecture il faut avouer que les parties les plus intéressantes et les plus solides de l'ouvrage sont celles où l'auteur s'écarte des blasons proprement dits. A approfondir!
Christophe Bussien, 10/05/1999
